Pleins feux sur la collaborationLa balise de la collaboration interdisciplinaire au Canada brille de tous ses feux du sud de l'Alberta, où il n'y a ni gratte-ciel, ni arbres, ni montagnes qui bloquent la vue. Taber est connue pour ses grands espaces, son excellent maïs et, maintenant, pour ses excellents soins de santé primaires. Il suffit de demander à ceux qui connaissent le coin et ils mentionnent d'emblée le projet de Taber. On devine tout de suite, dans l'enthousiasme de sa voix, que le docteur Rob Wedel, l'un des fondateurs du projet, est un défenseur chevronné de la collaboration interdisciplinaire; il confirme que la collaboration qui existe à Taber convient agréablement aux patients et aux fournisseurs de soins. « Il est facile de jauger le succès à Taber, explique-t-il. Si vos patients vont à Lethbridge, vous faites sûrement erreur quelque part. Eh bien, c'est loin de se produire. » Généraliste depuis 28 ans, récent président sortant du Collège des médecins de famille du Canada et directeur local des soins palliatifs, le docteur Wedel parle avec beaucoup de satisfaction de la vision que ses partenaires et lui ont réussi à concrétiser à la clinique de Taber. Le petit hôpital local et quelques autres professionnels dispersés incarnent les soins de santé primaires à Taber. Les huit médecins de la clinique ont reconnu qu'ils pouvaient continuer d'exercer seuls ou d'appeler des renforts des ressources où ils étaient immédiatement disponibles : les autres professions de la santé. Dans l'intérêt des patients, ils ont trouvé une façon de collaborer avec leurs collègues, de faire équipe et de concrétiser les choses. Des fonds fournis par la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé, de la Alberta Heritage Foundation for Medical Research, de la région sanitaire de Chinook et du ministère de la Santé et du Bien-être de l'Alberta ont permis de faire progresser un projet de quatre ans qui a duré de 1998 à 2003. « Nous avons consacré les fonds aux trois objectifs, soit de créer : une structure de prise de décisions et de gestion locale; un autre mécanisme de paiement qui permette au fournisseur adéquat d'offrir de meilleurs services; une nouvelle infrastructure technologique qui facilite la circulation des renseignements sur les patients. Les fonds nous ont donné les ressources nécessaires pour convertir le système informatique et embaucher un directeur de projet ainsi qu'une infirmière praticienne pour amorcer la collaboration. » Taber est une communauté agricole dont la population de la circonscription hospitalière est de 16 000 personnes, dont 8 000 qui habitent dans la ville. Les soins de santé sont fournis par la clinique, l'hôpital et les services de santé publique de la région sanitaire de Chinook et l'équipe habituelle de professionnels de la santé. Le projet de Taber visait à intégrer ces services de manière à concentrer les efforts sur le patient et enrayer, de dire le docteur Wedel, « la dérive systémique, la tendance des systèmes à fournir des services selon leurs limites structurelles et administratives intégrées plutôt que de s'efforcer de répondre aux besoins changeants. » « Je me souviens très bien de la première réunion des fournisseurs de soins de santé primaires. Quand on parlait d'intégration des soins, de mécanismes de paiement de rechange et des éléments habituels de la gestion descendante, tout le monde semblait perdu. Puis, pour une raison quelconque, nous avons commencé à parler de Mme Smith, une patiente que nous connaissions tous très bien mais dont nous ne discutions jamais ensemble en fin de compte. La discussion s'est tout de suite intensifiée, et le projet s'est amorcé à partir de ce moment-là. Nous avons seulement défini la manière dont nous pouvions améliorer les cas véritables comme le sien et tout à coup, tout le monde s'est mis à parler franchement, tout à fait impliqué, prêt à intégrer sa contribution. » Essentiellement, le projet de Taber a transformé la clinique en expérience de soins de santé à guichet unique pour les patients où le fournisseur adéquat évalue leurs besoins, les classe par ordre de priorité et y répond. Les principales mesures ont été de réunir les éducateurs sur le diabète, l'équipe de traitement de l'asthme, les infirmières de la santé publique et une infirmière praticienne sous un même toit, d'accroître la présence de la clinique à l'hôpital et de tous les relier par un réseau centralisé de renseignements sur les patients. « En plus des échanges officiels, nous faisons beaucoup de consultations très efficaces dans les couloirs, ce qui signifie moins de délais pour les patients. En outre, les dossiers de la clinique sont maintenant accessibles au service d'urgence, donc nous disposons des renseignements dont nous avons besoin après les heures normales de bureau, explique le docteur Wedel. Non seulement l'amélioration du travail de cette manière-là rassure-t-elle le patient et rend-t-elle les fournisseurs satisfaits de leur travail, ce qui est bien sûr important, mais elle se répand dans le système et se traduit par une diminution des visites en raison de crises et des visites inutiles à l'urgence. » Le docteur Wedel se souvient d'un exemple frappant de parents qui sont arrivés avec leur enfant asthmatique au service d'urgence en tenant une brochure écornée de leur éducateur sur l'asthme, expliquant qu'ils avaient vérifié la liste comme d'habitude, mais que la situation dépassait leurs compétences. « Il fallait vraiment que l'enfant vienne à la clinique. Ils savaient ce qui se passait et nous avons été en mesure de traiter l'enfant rapidement, en connaissance de cause et avec moins de stress dans l'ensemble. Quelle différence! » « Les rapports de nos partenaires professionnels illustrent à quel point ils ont été acceptés et intégrés. Les patients peuvent dire : " Vous savez, mon médecin ne vous aime pas vraiment " (ce qui blesse la personne et nuit à la relation). Maintenant, on entend : " Mon médecin pense qu'il est important que je vienne ici. " Nous ne faisons pas que collaborer; nous formons une équipe et ça nous plaît. » L'élargissement du personnel de la clinique donne également plus d'options quant aux services. Les femmes peuvent maintenant obtenir un rendez-vous avec une infirmière praticienne au lieu d'un médecin si elles le désirent. Grâce au projet de Taber, les physiothérapeutes, les diététistes, les pharmaciens et les infirmières qui offrent des soins à domicile sont tous inclus. Par conséquent, les consultations comme les visites pour enfants bien portants ont été réduites d'une moyenne de 13 avec bien des répétitions à cinq à sept visites offrant la même qualité de service et les mêmes résultats. « C'est bizarre, mais lorsqu'on se trouve dans le feu de l'action, les querelles intestines ne provenaient plus des médecins, mais d'autres parties dont nous tairons le nom. » Tout ne s'est pas passé comme sur des roulettes. « J'avoue que nous avons fait des erreurs, déclare le docteur Wedel. Tout ce que je peux dire, c'est qu'il faut faire participer les cadres intermédiaires du système de santé, sinon tout s'écroule rapidement. Nous nous sommes vite retrouvés en mode de récupération après un faux départ. Cependant, nous ne nous sommes pas découragés. Peut-être que nous avons appris rapidement et avons commencé à adopter le comportement de survie adéquat, comme les bonnes communications. » Les caractéristiques de la communauté de Taber présentaient également des avantages. C'est une petite communauté, tout le monde se connaît, tous les médecins de Taber participent et la région sanitaire de Chinook était prête à innover. « Mais la nécessité a également joué un rôle de premier plan. Il ne s'agissait pas de philosophie, même si tous nos efforts étaient axés sur les patients; il fallait répondre aux demandes de manière pratique et éviter l'épuisement professionnel, souligne le docteur Wedel. Il fallait que le travail soit fait et qu'il soit plus satisfaisant. Il fallait trouver de l'aide et une solution. » Le projet de Taber laissera un héritage durable en Alberta. « Notre coordonnatrice de projet, Eileen Patterson, a été embauchée par l'office régional de santé pour faire connaître notre méthode dans la région, et nous avons trouvé le moyen de garder l'infirmière praticienne au sein de l'équipe car elle joue un rôle crucial dans notre réussite. La technologie de l'information et la nouvelle procédure sont en place et fonctionnent bien. » « Maintenant, quand j'entends un médecin dire : "Je recommande un autre professionnel de la santé, donc je collabore", ma réaction est de souligner que la collaboration, c'est plus que ça. Avant tout, elle ne va pas à sens unique. Il faut reconnaître que les autres peuvent mieux réussir que soi et les faire activement participer, ce qui sous-tend une ouverture d'esprit et la capacité d'accepter les commentaires. Par exemple, il ne fait aucun doute que les infirmières sont de meilleures éducatrices. En outre, le patient doit participer afin que les communications aillent au moins dans trois directions. C'est un fait, ça fonctionne, alors il faut faire équipe. » « La collaboration va se concrétiser, déclare le docteur Wedel. Le manque de personnel nous a sapé le moral, mais nous avons vu le pire et nous savons que nous ne pouvons pas continuer comme ça. Tout le monde doit s'engager si on veut aider les patients et que quelqu'un poursuive ce travail merveilleux mais difficile. Il faut avoir assez d'énergie pour dire qu'on va changer de méthode, parce qu'on va devoir y consacrer tout notre temps et toutes nos émotions avant de voir des résultats. Le financement aide. » « À mon avis, la masse critique nécessaire pour ce genre de changement positif a été atteinte par les professions de la santé du Canada. Les projets comme l'Initiative pour l'amélioration de la collaboration interdisciplinaire dans les soins de santé primaires (ACIS) sont très importants pour amorcer la réaction en chaîne nécessaire pour accélérer le changement, ainsi que le financement, l'accessibilité des dossiers médicaux électroniques et certaines modifications à la réglementation. Cependant, l'élément essentiel est les ressources humaines : il faut des gens pour former des équipes. » |
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